Lundi 21 avril 2008

 

Pout tous les visiteurs fidèles de notre site MSPRODS.org et amateurs du monde minier, voici le prologue et un extrait du premier chapitre de mon prochain roman intitulé "la veine noire". la première partie qui fait déjà 120 pages est finie mais hélas ma profession me bouffe et je n'ai donc pas assez de temps pour en écrire la suite pour l'instant. Mais je vous mets le début pour avoir votre avis. Peut-être en devoilerais-je plus au fil des jours tout en gardant la confidentialité de mise dans le milieu. Bonne lecture et n'hésitez pas à commenter.... Pat RB

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Prologue

 

Le son strident de la sirène vient à peine de retentir. L’écho se répercute comme un ricochet sur les parois humides de la galerie plongée dans une quasi-obscurité. C’est la pause repas de la mi-journée qui va commencer, le bruit assourdissant des pioches et des pelles se meurt progressivement dans le lointain des entrailles de la Terre. Dans la partie la plus avancée de la galerie, à plusieurs centaines de mètres de la dernière zone d’extraction, trois hommes lèvent la tête.

— Capo, è ora de manggiare, il briquet ! Eh chef, c’est l’heure de la pause repas, le briquet ! on arrête ? Demande Guiseppe Del Angelo, l’Italien originaire de Rome à son contremaître.

— J’aimerais bien que l’on finisse d’étayer le passage, car j’ai pas confiance, la roche est poreuse ici et les infiltrations sont nombreuses. Je ne voudrais pas recevoir le toit sur la tête en plein repas. On mangera un peu plus tard, ok ?

— Ok, andiamo !

— Andreï, le troisième ouvrier, oscille de la tête. Venant de Russie, il n’est pas homme à parler pour ne rien dire !

Le contremaître-géologue repart vers le bout du goulot. C’est un homme grand et ossu comme beaucoup de ses camarades. Ses muscles sont saillants, sa peau est noire de poussière et couverte de cicatrices, souvenir de longues années de rude travail au « fond du trou » comme ils disent.

Armé de son pic où il est en train de sonder les murs et le sol, à la recherche de la bonne direction, de la bonne veine. Il examine les différentes strates qui composent les parois. Il connaît son sujet, il sait, il sent la pierre. En fait, depuis quatre jours ils ont foré un boyau perpendiculaire à la galerie principale à la recherche d’un nouveau filon. Long d’une dizaine de mètres, à peine assez haute pour se tenir courbé, la chaleur à l’intérieur est intolérable, mais la matière plutôt poreuse des murs laisse présager de bonnes surprises à l’arrivée.

Guiseppe et Andreï sont restés à l’entrée du conduit pour étayer le plus rapidement possible le toit qui tend à s’affaisser. Ils utilisent les poutres d’acacia que le jeune galibot vient de leur amener sur sa berline, le wagonnet typique des mines.

Sans s’en rendre compte, le contremaître frappe en cadence avec ses collègues qui s’acharnent à dresser les poutres et les arc-bouter au maximum pour soutenir la charge. Soudain, quelque chose passe entre ses jambes. Croyant à un rat il se retourne prestement, mais dans la faible lueur de sa lampe de sécurité Davy, du nom de son inventeur anglais, il aperçoit Bastet, la petite chatte toute noire qu’il a appelée ainsi en hommage à la déesse égyptienne à tête de chat. La voyant s’approcher rapidement, il l’appelle.

 

— Bastet, allez Bastet vient là.

Instinctivement, ce nom si particulier lui fait penser à son père, Jean. Celui-ci étant l’instituteur du village, il avait eu la chance incroyable de recevoir une éducation de bonne tenue et surtout Jean lui avait appris à lire très tôt. C’était un avantage important dans les campagnes environnantes ou tout le monde était plus ou moins illettré. A sept ans, il savait déjà lire. C’est la raison pour laquelle il avait gravi si vite les échelons du métier de mineur au grand dam de son père qui aurait préféré le voir partir faire des études supérieures. Après son certificat d’études et le lycée, l’école polytechnique et l’école des mines lui ouvraient les bras, mais lui aimait trop cette terre, il aimait fouiller, il se sentait l’âme d’un chercheur de trésor. La nuit, loin du monde si rude de la mine, il rêvait de grandes découvertes, de se voir arpenter les terres d’Egypte à la recherche d’une tombe inviolée. Ces rêves et la passion des pierres l’avaient poussé à devenir un géologue maison renommé. En fait, son père avait un ami commun avec Jean-François Champollion, l’Egyptologue originaire comme lui, de Figeac, petite bourgade du lot situé à une quarantaine de kilomètres de Decazeville. Il se rappelait encore le jour où, pour ses 16ans, son père lui avait offert un livre de Mr Champollion. C’était une superbe copie d’un manuscrit écrit de la main propre du maître des hiéroglyphes et publié juste après sa mort sous le nom de « grammaire égyptienne ». Nul doute que ce cadeau avait conditionné sa vie jusqu’à ce jour et continuera à le faire rêver pour bien des années encore. Raymond s’était passionné pour l’Egyptologie et pour la géologie. Il avait beaucoup lu. Il avait dévoré la bibliothèque de son père et avait bien souvent fait du troc pour récupérer des livres sur Champollion et sur l’Egypte en général, mais aussi sur la géologie, cette science relativement moderne. Il avait même acheté le livre « voyages géologiques » du Suisse Jean André Deluc qui arpenta toute l’Europe pour ses recherches. Il adorait s’instruire. Revenant à la réalité, dans la chaleur de son conduit si sombre, il observe la chatte qui semble comme perdue. Il se doute qu’elle a entendu la sirène et qu’étant pratiquement à demeure au fond de la mine, elle sait que l’heure du repas approche. Malgré les frêles rations qui remplissent les besaces, elle aura peut-être la chance de recevoir un bout de poisson séché ou un croûton de vieux pain.

Le géomètre aime bien cette chatte, elle met un peu de joie dans le grand couloir noir, aussi, il s’approche aussitôt pour la caresser.

Mais étrangement, elle reste tassée contre le fond du boyau et commence à griffer le mur en miaulant d’une manière hystérique, cherchant à grimper le plus haut possible. Elle semble prise de terreur. Ses miaulements ont quelque chose de terrifiant comme les cris d’un bébé qui hurle. Le contremaître que les années ont doté d’une grande expérience, sent monter en lui un sentiment de panique. Il se retourne brusquement pour appeler les ouvriers, les prévenir que quelque chose ne tourne pas rond, et soudain la terre se met à trembler, il entend au loin, à des kilomètres, le bruit assourdissant d’une explosion. Un bruit de tonnerre terrible amplifié par cette caisse de résonance naturelle que forme la galerie. Il lui semble que le son se rapproche à la vitesse d’un cheval au gallot. Malgré le vacarme, les tressaillements du sol, les cailloux qui commencent à se détacher du toit et viennent rebondir sur son casque, il essaie de réfléchir, de trouver une solution. Le temps semble suspendu pendant quelques secondes, la flamme de sa lampe oscille de gauche à droite créant des formes fantomatiques et effrayantes sur les murs. Et soudain, le souffle le projette contre le mur du fond, la lampe balayée, lui a glissé des mains et sous le choc, s’est éteinte. C’est le noir complet, il crie autant que ses poumons silicosés le lui permettent. Il sait pertinemment que cela ne sert à rien, qu’après le souffle viendra l’énorme boule de feu qui le carbonisera à jamais. Il relève la tête en direction de ses camarades comme à la recherche d’un regard de compassion, d’amitié, mais il ne voit rien dans le noir. Même s’ils sont en poste avancé, à des kilomètres de l’explosion, il semble apercevoir des traces de rouge, des fumées étincelantes dont les teintes deviennent plus vives. C’est le retour de flamme qui arrive. Baissant la tête entre ses genoux comme pour se protéger, il repasse le film de sa vie, il revoie sa famille, ses amis, il sait que tout est fini. Prêt à mourir, il relève une fois de plus la tête pour affronter en homme, en fier mineur, le serpent de feu qui vient chercher son quota de mort. Mais sa vue se brouille vite, les poussières viennent brûler ses yeux. Dans la quasi-obscurité de son trou, il est seul, il ne voit plus ses collègues. Pourquoi, se demande-t-il ? Tentant de se relever pour s’approcher, il tombe de nouveau en s’écorchant les genoux sur les blocs de roche qui encombrent maintenant tout le sol de ce conduit mortuaire. Mais est-ce ses yeux irrités qui faussent la vision d’horreur qu’il perçoit ? La lueur rouge devient plus intense, mais progressivement disparaît au milieu de la poussière. Que se passe-t-il ?

Et là, il commence à comprendre. Suite à l’explosion, l’onde de choc a provoqué des éboulements dans toute la galerie. L’entrée de son boyau perpendiculaire à la galerie principale est en train de s’affaisser. Les pauvres hommes ont dû recevoir les poutres et en suivant tout le toit sur eux.

L’analyse de sa situation est rapide dans sa tête. Soit, le souffle de feu trouve un passage à travers l’éboulement et va venir le pulvériser contre le fond de son conduit, soit, il continu sa route, ce qui voudra dire qu’il est vraiment emmuré et prisonnier dans son boyau.

Il se recroqueville par terre, prêt à mourir, quand au-dessus de sa tête un bruit sec surpasse le tumulte alentour. Il lève les yeux et crie…


 

PREMIERE PARTIE  

Au bord du gouffre, seul l’amour de la famille est source de courage...

 
Chapitre 1

 

Il est onze heures trente lorsque Honorine Pleinecassagne se rend au lavoir communal. En cette veille de Noël 1868, l’air est vraiment glacial sur le bassin minier de Decazeville en Aveyron. Malgré les trois couches de laine qui la protège des morsures du froid, malgré son épaisse robe qu’elle s’est cousue elle-même pendant les veillées au coin du feu, ses membres fatigués par le travail quotidien la font souffrir. Pourtant, elle ne se plaint pas de cette vie laborieuse de femme de mineur. Au contraire, elle est fière d’arriver à s’occuper de sa petite famille, et ce, malgré ses maigres moyens, car pour finir le mois avec la seule paye de son mari, il faut faire preuve de trésors d’ingéniosité. Aussi pour améliorer les fins de moi, elle travaille parfois à la tâche pour la mine. Elle fait des remplacements comme ils disent quand des femmes sont malades, un jour au tri du charbon, un autre au criblage et parfois même elle est rouleuse, elle pousse les berlines, ces wagons de bois et de fers que les machineurs extraient des cages d'ascenseurs. Mais elle ne travaille jamais au fond. Raymond son mari est formellement contre et ce même si le travail au fond est trois fois plus payé. Il ne veut pas qu'elle risque sa vie pour quelques sous de plus. Comme la plupart de ses amies, elle s’est mariée très jeune, à peine sortie de l’adolescence, ses dix-huit ans tout juste révolus. En ce jour de décembre si froid, son panier d’osier, rempli des affaires sales de son petit monde sous le bras, elle se rappelle cette journée de fête, il y a tout juste dix ans. C’était une belle journée de fin septembre, Raymond, son futur mari, était un jeune homme brillant, grand, élancé tout en étant costaud. Il avait de beaux cheveux châtain foncé qu’il ramenait en arrière avec de la brillantine. Ses yeux couleur noisette l’avaient transpercé un soir de sainte-barbe au bal du village. Ce premier regard, ce premier sourire qui allaient changer le cours de sa jeune vie, elle ne pourrait jamais l’oublier. Elle le connaissait de renom, car il était le fils de l’instituteur, celui qui, par amour du pays, avait refusé de partir étudier dans la grande et prestigieuse école des mines de Paris. Il était venu la chercher pour danser, l’air penaud, tout timide. Bien sûr, elle avait feint de lui refuser cette première danse, mais très vite son cœur avait pris le dessus et elle avait accepté cette invitation pour la valse. Guidée d’une main ferme, encerclée de ces bras robustes, emportée par l’ivresse de ces tours de piste lui faisant tourner la tête, le premier doute s’était bien vite estompé et succombant au doux son de la vielle et de l’accordéon elle avait compris qu’elle allait passer le reste de sa vie à ses côtés. Malgré la rudesse de son quotidien, elle estimait avoir été gâtée par la vie. Bien sûr, elle avait fait plusieurs fausses couches. Bien sûr, le premier bébé avait succombé à une maladie infantile avant ses un an. Mais ils avaient persévéré, car pour eux la famille était la chose la plus importante au monde. Et finalement, ils avaient eu deux beaux enfants, Emile puis deux ans après René qui grandissaient très vite et remplissaient la maison familiale de leurs cris. Ils ne perdaient pas une occasion de faire bêtises sur bêtises. Ils auraient pu avoir une famille nombreuse de douze ou quatorze enfants comme la majorité des habitants de la région, mais le sort en avait décidé autrement. En effet lors de l’accouchement de leur dernier enfant qui devait être leur première fille, des complications sérieuses avaient mis en danger la vie d’Honorine. N’ayant pas les moyens de se payer les services d’un docteur, la sage-femme qui était venue l’aider à accoucher avait dû stopper avec ses outils rudimentaires une hémorragie dévastatrice. La petite n’avait pas survécu à ce coup du sort et Honorine ne devait d’être en vie qu’au sang-froid dont la sage-femme avait fait preuve face à ce flot meurtrier. L’utérus ayant souffert irréversiblement de l’intervention, Honorine avait appris à son réveil la douloureuse nouvelle : elle ne pourrait plus enfanter.

Ce faisant une raison, elle avait reporté tout son amour sur ses deux marmots et priait chaque matin pour qu’aucune maladie sérieuse ne vienne troubler leur bonheur. Les deux garnements lui rendaient bien son amour, en la couvrant de baisers, de dessins et en l’aidant autant que possible aux taches ménagères voire même en s’occupant des bêtes qu’ils élevaient à l’arrière de la maison.

Ce jeudi 24 décembre était assurément un jour spécial pour Honorine, car pour la première fois depuis des années, elle avait réussi à économiser durant les six derniers mois les quelques pièces qui lui permettraient d’offrir à ses enfants le prix du billet de train pour aller passer une semaine chez sa sœur qui s’était mariée à un marin-pécheur et habitait au bord de l’océan près d’Arcachon. Elle s’était également entendue avec son frère Léon qui travaillait lui aussi à la mine, mais en extérieur, suite à un accident qui l’avait sérieusement blessé. Ebéniste de formation, il avait eu la chance de retrouver un emploi de raccommodeur. Il s’occupait de réparer toutes les pièces en bois pour la société des mines. Il lui avait promis de fabriquer pour ses neveux, un petit train en bois et un « caretou » sorte de petites voitures en bois dans lesquelles les enfants dévalaient les pentes escarpées du village.

En rentrant du lavoir, elle irait tuer une des poules qu’ils élevaient avec quelques lapins et bien sûr le cochon qu’ils engraissaient de châtaignes et de pain durant toute l’année. Elle préparerait la farce que tout le monde aimait tant, à base de pain rassis, d’œufs, d’un reste de saucisse et d’un peu de verdure : du persil et de la salade. En rentrant, les enfants l’aideraient sûrement, car ils adoraient malaxer le « farci » de leurs mains.

Revenant à la réalité, elle se rend compte que depuis ce matin quelque chose ne va pas, elle ressent comme un nœud au fond de son estomac. Habituellement la veille de Noël, elle est toujours d’humeur joyeuse, mais depuis le lever du jour, elle a comme un pressentiment qui ne cesse de la harceler, ce sixième sens féminin qui l’avertit que quelque chose de grave c’est passé ou va se passer. N’ayant pas de moyen de communication élaboré, il se pourrait qu’il soit arrivé malheur à quelqu’un de sa famille qui habite dans un village éloigné. Elle a toujours ressenti des sortes de prémonitions et elle s’est rarement trompée. Elle se rappelle la mort de son père l’année dernière. Elle n’était pas bien depuis la veille, angoissée, tendue. Son père qui souffrait de la silicose était alité avec une mauvaise grippe. Au matin, il ne s’était pas réveillé quand sa femme était venue lui donner ses tisanes et prodiguer les soins. Le temps que l’on envoie quelqu’un la prévenir à cheval, depuis son village natal à Saint-Côme-d’Olt situé à plus soixante kilomètres du Bassin minier, la journée était finie. Elle était repartie au matin avec le coursier pour aider sa mère aux préparatifs de la veillée et de l’enterrement. Au souvenir de cette triste journée, des frissons la parcourent. Essuyant une larme qui roule sur sa joue, elle lève la tête pour s’apercevoir qu’elle arrive en vue du lavoir. Prises dans ses rêveries, elle n’a pas vu passer les trois kilomètres qui la séparent de leur maison. Tant mieux se dit-elle .

Trois autres femmes sont en train de laver des draps. Le blanc immaculé du coton tressé semble s’illuminer sous le soleil de la mi-journée. Le contraste est saisissant avec l’environnement noir du pays que la poussière de charbon recouvre un peu plus chaque jour. Ca sent bon le savon de Marseille et malgré la morsure de l’eau gelée dans laquelle les femmes trempent leurs mains, celles-ci, à l’aube de se retrouver en famille pour fêter Noël, entonnent un chant de circonstance pour se donner du courage. Honorine s’installe devant un bac de pierre libre remplie de l’eau claire et cristalline d’une source proche. Profitant que la chanson arrive à son terme, elle dit bonjour aux autres dames qu’elle reconnaît.

Le lavoir était le lieu de rencontre, de discussions et parfois de commérages ou toutes les histoires du village étaient étalées sans grande retenue. Aussi Honorine grimaçant en plongeant ses habits dans l’eau glacée, se joint à la discussion, qui ce jour, concernait l’hypothétique sujet du sermon que le prêtre allait faire pour la messe de minuit. Les pronostics allaient grand train quand la sirène de la mine retentit. Les quatre femmes arrêtent aussitôt d’essorer leurs draps et levant la tête, se regardent. Leurs regards pleins d’angoisse se croisent, Honorine oscille de la tête en signe de oui. Sa voisine de gauche, les larmes aux yeux, fait de même, ainsi que la troisième. La dernière, à sa droite fait non de la tête.

— non, le mien est malade, il n’a pas pu descendre ce matin !

— allez-y, courrez au bureau de la mine, je m’occupe de ramener vos affaires. Vite, partez voir ce qui se passe.

La remerciant d’un signe de tête, les trois femmes se prenant par la main pour se donner du courage, s’élancent en toute hâte. On dirait que le temps s’est arrêté, il n’y a plus un bruit, les oiseaux se sont dispersés au loin, seule la troisième et dernière sonnerie de la sirène semble couvrir le chuchotement des prières que les trois pauvres femmes égrènent en descendant vers le bas de la vallée ou un nuage de fumée, tel un signe de mauvais présage, s’élève vers le ciel.

****

Louis, que tout le village appelait petit Louis depuis sa plus tendre enfance, du fait qu’il portait le même prénom que son grand-père, est encore au lit lorsque la sirène du village retentit. Il s’était couché au petit matin après une nuit passée au fond de la mine. Il aurait dû être du matin cette semaine, mais un de ses amis « lou Marcel » était tombé malade en début de semaine et Louis avait dû le remplacer au pied levé avec l’équipe de nuit. Louis, en plus de ses fonctions de porion, le chef d’équipe des mineurs, est le chef des sapeurs-pompiers. Certes, cela ne représentait pas grand-chose dans la région, on était bien loin des militaires du bataillon de sapeurs-pompiers de Paris que Napoléon avec créé à la suite de l’incendie de l’ambassade d’Autriche en juillet 1810. Ici, les moyens étaient bien pauvres, une pompe à bras, une petite pompe brouette, une échelle à coulisse faite par un artisan du village, quelques seaux, haches, pelles et tridents et arrivée dernièrement de Paris une trentaine de mètres de garniture cuir, ces nouveaux tuyaux faits de cuir et qui étaient bien plus solides que les garnitures de toile souvent poreuses. Ni lui, ni aucun des ses camarades sapeurs n’étaient professionnels, ils exerçaient cette activité bénévolement par pure passion. Sauver des vies était une mission, sa mission. Depuis sa tendre enfance il avait ce besoin d’aider les autres et comme attiré inexorablement par les flammes, il avait toujours voulu œuvrer dans ce corps de métier. Avec d’autres « garde-pompes », il avait eu la chance, en tant que chef, de suivre une formation à Villefranche-de-Rouergue sous le commandement d’un sapeur-pompier venant de Paris. C’était très intéressant et il avait à plusieurs reprises mis ses connaissances en action lors des fréquents feux de cheminées ou de forêts. Dans le pays, la terre brûlait quasiment tout le temps du fait des combustions souterraines spontanées de schistes pyriteux. Près de Decazeville, à Cransac, « lou puech que ard », la montagne qui brûle dans le patois régional avec ses feux souterrains et ses effusions de gaz qui provoquaient sans cesse des départs de feu dans les forêts d’acacias et de châtaigniers des alentours. Le hurlement strident de la sirène installée sur le toit de la mairie résonne encore dans sa tête et sortant de ses rêveries, il se lève d’un bond, enfilant ses habits en toute hâte. En courant, il se rend au garage où il stocke ses pantalons et vestes de cuir ainsi que les gants tout neufs qu’il vient de recevoir, cadeau du sapeur formateur venu de Paris. Tout en avalant un morceau de pain sec, il enfourche son vélocypède et sans prendre la peine de refermer la porte commence à pédaler comme un forcené en direction du village. Priant qu’une nouvelle catastrophe ne vienne encore endeuiller le moral déjà bien fragile des mineurs, il se met à espérer de tout son être que ce n’est qu’un nouveau feu de broussailles qui vient de démarrer. Peinant pour arriver en haut de la colline qui sépare sa maison de la vallée de Lasalles, comme les anciens surnommaient cette région que le duc Decazes avait choisie au début du siècle, afin de développer le travail de la fonte. Il aperçoit soudain le nuage de fumée noire qui semble s’échapper du puits central de Fonvernhes. — Ce n’est pas vrai, mon Dieu ! Pas la veille de Noël ! S’entend t-il crier en dévalant la pente . Tout en espérant que ce n’est qu’un petit coup de grisou et qu’il n’y a pas de victime, ses muscles se tétanisent sous l’effet de l’angoisse. En y repensant, il réalise que sans la maladie de son ami Marcel et son changement de garde, à cette heure-ci, il devait être au fond.

****

Honorine et ses amies viennent d’arriver au pied du chevalement du puits central d’où s’échappe une fumée épaisse et acre. La recette, le baraquement qui abrite le puits où les machineurs chargent et déchargent les berlines remplies d'hommes et de charbon est méconnaissable. La lampisterie et la salle des pendus où les ouvriers accrochent leurs affaires ont elles aussi partiellement volé en éclats. Des morceaux de bois, de chaînes, de câbles encombrent les lieux. La vision est vraiment apocalyptique, des hommes sortent de ce qui reste de l’immeuble, soutenant des ouvriers couverts de sang, qui crient et pleurent de souffrance. La peur au ventre, elles s’approchent du trou béant au risque de tomber. On ne voit plus rien si ce n’est qu’un filet de lumière rougeâtre qui semble s’élever du fond. La fumée noire qui leur pique les yeux vient augmenter le flot de larmes qui roule déjà sur leurs joues. Un mineur les attrape par le bras et les repousse plus loin en criant. — Sortez-vous de là, femmes, vous voulez tomber au fond du trou ? Allez plutôt aider à puiser l’eau de la pompe. Il faut éteindre l’incendie. La vision qui s’offre à elles est terrifiante. Les gens courent dans tous les sens. On crie, on hurle même des ordres qui semblent totalement décousus. On a organisé une chaîne humaine pour jeter de l’eau au fond du puits. Les seaux passent de main en main tandis que deux hommes en bout de ligne jettent désespérément ces quelques litres d’eau qui vont se perdre dans les entrailles de la Terre. Les trois femmes complètement perdues et affolées, arrête un porion que l’une d’entre elles connaît. — Henry, qu'est-ce qui s’est passé ? A t-on des nouvelles du fond ? — Je ne sais pas. Il y a eu une terrible explosion. Sûrement un coup de grisou dans la galerie principale. Tout est remonté et a explosé ici. Mais le pire c’est que des gens ont vu des flammes s’élever du conduit d’aération à trois kilomètres d’ici. C’est pas bon, c’est pas bon ! — Mais dis-nous, je t’en prie, a t-on a des nouvelles d’en bas ? Cria Julienne d’une voix suraiguë et cassée par l’émotion. — Non tout a explosé, le puits s’est affaissé. Il est rempli de débris, de bois, de fer, pour l’instant on ne peut rien faire tant que le feu brûle. Aidez-nous, on a besoin de toutes les mains disponibles. Les trois femmes atterrées restent les bras pantois pendant quelques secondes qui semblent interminables. Honorine sortant la première de sa torpeur, attrape vivement ses deux amies et en courant, les trois femmes vont prendre place au milieu de la deuxième chaîne de porteurs d’eau qui vient de se créer en parallèle de la première. Tout le monde s’active frénétiquement, chaque maillon de la chaîne prend sa tache très au sérieux, car la rapidité des passages de seaux de main en main peut conditionner le sauvetage d’une ou plusieurs vies. Outre le fait qu’il est probable que certains mineurs ont été brûlés mortellement ou bien ensevelis sous de tonnes de roche, la vie des éventuels survivants est liée à la qualité de l’air sous terre. Il est primordial d’évacuer le plus vite possible les gaz méphitiques qui vont se développer avec la décomposition des corps. L’autre gros problème dans ce cas-là est le gaz carbonique. En effet si des témoins avaient vu des flammes s’échapper du puits de ventilation, il était fort à parier que ce puits, lui aussi s’est écroulé sur lui-même et a donc coupé toute possibilité de ventiler et d’évacuer les gaz carboniques. Les survivants vont donc respirer une atmosphère viciée et assez rapidement manquer d’oxygène. Le fait qu’il y ait toujours des feux visibles au fond du puits empêchent non seulement l’intervention des secours, mais risquent aussi d’augmenter la proportion de gaz carbonique dans les galeries. En d’autres termes, chaque heure, chaque minute compte. Et malheureusement, la sécurité et la condition des mineurs ne s’arrangeaient toujours pas malgré les accidents. Les derniers mois avaient été catastrophiques avec pas moins de quatre coups de grisou qui avaient fait plus de quarante morts avant cette dernière tragédie. Le monde de la mine était sous pression. Déjà si touchés par les drames et tellement exploités, les altercations entre mineurs et dirigeants se faisaient de plus en plus fréquentes. Il commençait à y avoir des rumeurs de grèves, du chahut dans les bars et on sentait que ce coup-là était de trop. La révolte était sur le point d’éclater !

Chapitre 2 à SUIVRE bientot …..

 

par Pat Rieux-Boyer publié dans : LA MINE & LES MINEURS DE FOND communauté : blog artiste
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Lundi 21 avril 2008

Poème original de Victor hugo après la fusillade de 1869 !!!


" - Quel âge as-tu ? - Seize ans. - De quel pays es-tu ?
D'Aubin. - N'est-ce pas là, dis-moi, qu'on s'est battu ?
On ne s'est pas battu, l'on a tué. - La mine
Prospérait. - Quel était son produit ? - La famine.
Oui, je sais, le mineur vit sous terre, et n'a rien.
Avec la nuit de plus, il est galérien.
- Mais toi, faisais-tu donc ce travail, jeune fille ? 
- Avec tout mon village et toute ma famille,
Oui. Pour chaque hottée on me donnait un sou.
Mon grand-père était mort, tué du feu grisou.
Mon petit frère était boiteux d'un coup de pierre.
Nous étions tous mineurs, lui, mon père, ma mère,
Moi. L'ouvrage était dur, le chef n'était pas bon.
Comme on manquait de pain, on mâchait du charbon.
Aussi, vous le voyez, monsieur, je suis très maigre ;
Ce qui me fait du tort - Le mineur, c'est le nègre.
Hélas, oui ! - Dans la mine on descend, on descend.
On travaille à genoux dans le puits. C'est glissant.
Il pleut, quoiqu'on n'ait pas de ciel. On est sous l'arche
D'un caveau bas, et tant qu'on peut marcher, on marche ;
Après on rampe ; on est dans une eau noire ; il faut
Étayer le plafond, s'il a quelque défaut ;
La mort fait un grand bruit quand tout à coup elle entre ;
C'est comme le tonnerre. On se couche à plat ventre.
Ceux qui ne sont pas morts se relèvent. Pas d'air.
Chaque sape est un trou dont un homme est le ver.
Quand la veine est en long, c'est bien ; quand elle est droite,
Alors la tâche est rude et la sape est étroite :
On sue, on gèle, on tousse ; on a chaud, on a froid.
On n'est pas sûr si c'est vivant tout ce qu'on voit.
Sitôt qu'on est sous terre on devient des fantômes.
Les pauvres paysans qui vivent sous les chaumes
Respirent du moins l'air des cieux.  On étouffait.
- Pourquoi ne pas vous plaindre aussi ? - Nous l'avons fait.
Nous avons demandé, ne croyant pas déplaire,
Un peu moins de travail, un peu plus de salaire.
- Et l'on vous a donné, quoi ? - Des coups de fusil.
Je m'en souviens, le maître a froncé le sourcil.
Mon père est mort frappé d'une balle. - Et ta mère ?
- Folle. - Et tu n'as plus rien ? - Si. J'ai mon petit frère.
Il est infirme..."

Victor Hugo

par Pat Rieux-Boyer publié dans : LA MINE & LES MINEURS DE FOND communauté : blog artiste
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Vendredi 12 janvier 2007

 

Voici la 1ère partie d'une nouvelle sur la mine : Le prologue, une vrai tranche de vie!!! C'est un article de mon père Clovis, fils et petit fils de mineurs du bassin minier de Decazeville en Aveyron, qui a été conservateur du musée de la mine d'Aubin pendant 10 ans. . retraité depuis il a voulu laisser une trace de son speach comme un témoignage d'un passé qu'il a vécu.. vous souhaitant bonne lecture, ce prologue par sa simplicité est vraiment mon préféré, n'hésitez pas à donner votre avis à ce débutant dans l'écriture..


PROLOGUE

«Une tranche de vie»  

Pour écouter la chanson "Fils de mineurs" pendant la lecture :

 

  Fils et petits-fils de mineurs morts très jeunes, j’ai vécu dans un pays de mine, près d’un chevalement de cette terre aveyronnaise environné d’usines crachant le feu et la fumée. J’étais entouré par ces millions d’ouvriers souffrant parfois la faim et le froid, suant sang et eau pour nourrir une famille nombreuse, luttant de toutes leurs forces pour survivre dans ces temps difficiles. J’ai connu ces grèves terribles ou crevant parfois de faim, on tenait bon, grâce à une solidarité incroyable des ouvriers. Ceux qui avaient la chance de travailler dans ces temps de luttes et de souffrances, donnaient naturellement un peu de pain et d’argent et même d’amour pour ces enfants malheureux. J’ai connu la soupe populaire existant avec des dons venus d’autres bassins de mines, parfois de toute la France nous soutenant dans nos luttes pour le bonheur de l’ouvrier.

On a oublié aujourd’hui un fruit de la nature qui a sauvé aussi quantités de vies humaines pendant les périodes de disette : « la châtaigne » ce fruit merveilleux remplissant bien souvent notre estomac vide, parfois seule nourriture pendant ces grèves terribles. Ces châtaignes dont on faisait du pain que l’on trempait dans du lait le matin pour un déjeuner copieux avant de partir à l’école. Châtaigne grillée au four qui réchauffait nos mains dans les poches durant ces marches dans le froid et la neige vers l’école. Je me rappelle ma jeunesse à l’époque ou avec mes parents, nous allions ramasser ces fruits dans nôtre châtaigneraie distante de huit kilomètres. On partait à pied un matin d’automne, ramassant lou « castagnes » toute la journée avec un pique nique a midi, puis retour le soir avec un petit sac sur le dos, les mains piquées par ces « pelous » garnis de milliers de piquants que l’on essayait d’éviter en les ouvrant avec un bâton ou les écrasant sous les pieds. Quand tous les gros sacs de 50 kg étaient remplis, mon oncle qui avait un cheval et une carriole pour livrer le charbon, allait nous les chercher et on les faisait sécher au grenier pour l’année. On avait à cette époque bâtie sur l’arrière de la vieille maison fournie par la campagne, une pauvre cabane en planches où l’on élevait le cochon avec le restes de châtaignes de patates ou de topinambours. On l’appelait Gaspard on l’aimait tellement que a chaque fois qu’on le tuait au mois de Février on pleurait, les voisins venaient aider a faire les pâtés, fritons etc. c’était la fête de l’amitié, on chantait, on buvait en mangeant les fritons chauds le soir puis chacun rentrait chez soi, un petit présent à la main : une saucisse, un rôti etc. C’était dur a cette période mais on était heureux, l’amitié, la solidarité n’était pas un vain mot. Je revois aussi ma mère laver le linge l’hiver au lavoir communal, les mains dans l’eau glacée. Cela n’empêchait pas les lavandières de raconter les derniers potins et même chanter les refrains à la mode. Parfois à la sortie de l’école j’allais aider à sortir les draps et les bleus de travail, les tordre et les mettre dans la brouette. Je me rappelle encore les onglées terribles qui faisaient si mal à mes mains frigorifiées. Il y a tant de souvenirs de cette époque qui traverse mon esprit. Pourtant ce n’est pas si loin dans le passé mais la vie a tellement changé. Tout est allé si vite que j’ai l’impression d’être très vieux pourtant avec les jeunes je me sens presque comme eux, avec la même envie de m’amuser. 
CLOVIS

 

par Pat Rieux-Boyer publié dans : LA MINE & LES MINEURS DE FOND communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 12 mai 2006

               

 

Je vous l'avais promis sur le forum, donc voici la deuxième partie d'une nouvelle sur la mine : Le charbon, pierre précieuse de l'humanité!!!
C'est un article de mon père Clovis, fils et petit fils de mineurs du bassin minier de Decazeville en Aveyron, qui a été conservateur du musée de la mine d'Aubin pendant 10 ans. peut-être certains d'entre vous ont entendu ce résumé si vous êtes passés par ce musée dans les anneés 90. retraité depuis il a voulu laisser une trace de son speach comme un témoignage d'un passé qu'il a vécu.. vous souhaitant bonne lecture, n'hésitez pas à donner votre avis à ce débutant dans l'écriture..


LE CHARBON

« Pierre précieuse de l’humanité »

  Pour écouter la chanson "Fils de mineurs" pendant la lecture :

  

 

Cette phrase nous interpelle et peut nous sembler absurde car pierre précieuse veut dire pour nous bijoux avec émeraudes, saphirs, diamants etc.. qui n’ont rien apporté à notre société si ce n’est orner le cou ou les poignets de ces belles dames de la noblesse ou de la bourgeoisie. Pourtant le charbon a été bien plus précieux pour ce que nous sommes aujourd’hui et a permis des avancées considérables pour tous les êtres humains.

Rappelons-nous tous les bienfaits que cette pierre nous a apporté. Le charbon créé et protégé depuis des millions d’années dans le sol profond nous rappelle que notre planète vide de tout humain, était recouverte de forêts, de plantes, d’animaux de toutes sortes. On en retrouve d’ailleurs les traces dans les fossiles imprimés sur cette même pierre et que l’on peut admirer dans les musées géologiques. Mais rappelons-nous surtout que cette pierre qui brûle en dégageant une chaleur bienfaisante à sauvé des millions de vies pendant les rudes hivers du 19eme siècle.
On se souvient de l’époque ou l’on trouvait dans les maisons souvent mal isolées, cuisinières et salamandres permettant de réchauffer les plats, faire la cuisine mais surtout protéger du froid les habitants. On se souvient très bien des Bougnats de Paris montant les sacs de charbons dans la réserve d’appartements glacés ou l’on ne pouvait pas survivre sans chauffage. Il n’y a pas si longtemps je me rappelle cette classe a l’école ou l’on trouvait au milieu de la salle ce gros poêle et ses conduits de cheminée traversant la pièce, ou l’on brûlait le charbon dont le seau était rempli et allumé le matin par le concierge. Qu’il était bon de sentir cette douce chaleur après une marche souvent très dure dans la neige et le froid pour arriver à l’école ! Qu’il était bon de chauffer son corps et ses mains a côté du poêle, autour de lui les places étaient souvent prises. Que serions nous devenus si il n’avait pas était là.
 
            Le charbon, c’était aussi la seule énergie permettant de fondre dans les hauts fourneaux tous ces métaux si précieux pour notre avenir : fer, cuivre, plomb etc. Avec cette avancée, les moyens de construire ponts et viaducs, usines et surtout ces premiers moteurs pour un départ industriel qui allait bouleverser notre pays et ses habitants. Mais surtout avec l’avènement des premières coulées arrive la fonte permettant de poser des milliers de kilomètres de rails, traçant une route nouvelle vers le progrès et autorisant la construction de joyaux qui sont, aujourd’hui encore, admirés par de nouvelles générations telle que la Tour Eiffel, le viaduc de Garabit etc. Tout cela n’aurait pu être sans le diamant noir.
            Le charbon marié à l’eau va donner aussi le moyen d’avoir à notre disposition une puissance énorme et inépuisable qui s’appelle moteur à vapeur, et transformer complètement la vie des hommes. Pour la première fois on va pouvoir voyager confortablement et de plus en plus loin, sans fatigue grâce à cette magnifique locomotive à vapeur. Ce monstre crachant le feu et la fumée, roulant à grande vitesse sur cette voie ferrée. Cette bête furieuse traînant derrière elle, sur le « tender » sa réserve de pierres noires que le mécanicien enfournait sans arrêt dans sa bouche incandescente et jamais rassasiée. J’entends encore le sifflet strident du monstre passant sur le viaduc pas très loin de ma maison, ou traçant à toute vitesse devant la barrière fermée sous le regard de beaucoup de gosses regardant éberlués passer ce fauve rugissant. Pour la première fois des personnes de tous les coins de France et d’ailleurs, peuvent se rencontrer et voyager, beaucoup de paysans sans terre de l’Aveyron, du Lot montaient travailler à Paris dans la « limonade » ou le commerce du vin ou du charbon. A force de dur labeur, beaucoup d’entre eux faisaient fortune. Mais le chemin de fer, ce fut aussi le moyen de transporter les produits de nos campagnes vers les villes, d’ouvrir des marchés considérables dans beaucoup de pays et de créer des échanges. Tout ceci va permettre de construire cet avenir qui a été le nôtre. Le charbon, ce fut aussi le moyen de traverser plus facilement, les mers et océans grâce à des bateaux à vapeur de plus en plus gros et puissants. On peut imaginer encore de nos jours dans la cale,des montagnes de ce précieux charbon que des dizaines de chauffeurs à demi nus, jetaient à coups de pelles immenses dans les gueules béantes de ces immenses chaudières pour finalement produire cette vapeur qui permettait de faire tourner d’immenses hélices. On peut désormais voyager dans d’autres pays mais surtout apporter des produits de pays voisins, commercer avec le monde entier et en particulier avec nos colonies qui vont se développer grâce a la vapeur fournie par le charbon. La vie sur la planète va être tout à fait différente. Le charbon c’est aussi tous les dérivés si utiles que nous avons utilisé pendant des décennies. Le gaz de houle complétant en énergie le charbon, le « BENZOL » essence minérale utilisée dans ces premiers moteurs a explosion et employée chez nous pendant la guerre ou les restrictions. Tous les bitumes qui ont permis d’améliorer énormément les transports routiers. Tous les déblais retirés du fond de la mine et utilisés pour les remblais de la voie ferrée et des routes permettant une avancé considérable dans les voies de communications.
Le charbon, c’est aussi certaines huiles minérales employées dans les produits cosmétiques. Bien d’autres produits dérivés de ce trésor noir qui vont révolutionner notre industrie et par le même nous ouvrir la porte vers le progrès d’aujourd’hui. Il n’est pas impossible que vers la fin du 21ème siècle, le diamant noir ne fasse pas une nouvelle apparition, pour le plus grand bonheur de nouvelles générations dans les besoins d’énergie de demain.
On peut dire que le charbon a sauvé la planète elle-même et peut être la survie des humains, cela parait incroyable et pourtant.…… On a extrait du sol pendant des centaines d’années sur la planète, des milliards de tonnes de houilles, cela représente en énergie la valeur de tous les arbres et forêts de cette terre. Qu’auraient fait nos ancêtres s’ils n’avaient pas eu le charbon ? ils auraient certainement utilisé l’autre source d’énergie « le bois » cela voudrait dire que toutes les belles forêts du monde auraient pu disparaître et avec elles une faune et une flore complètement éteintes.
On voit déjà aujourd’hui les dégâts terribles que la main de l’homme fait à notre environnement, détruisant et massacrant autours de lui notre belle planète appelée terre.
On peut raisonnablement penser que la planète serait constituée d’une grande majorité de déserts immenses ou l‘humain aurait probablement du mal a survivre. Pire, existerait-il encore de la vie sur cette planète quand on sait que la végétation nous apporte cet oxygène qui nous fait tant besoin et absorbe ce gaz carbonique que nous rejetons ? Pourrait-on encore aujourd’hui respirer normalement ? c’est possible mais pas si sûr !
Sous quel climat vivrions-nous alors quand on connaît l’impact que représente ces grandes forêts primaires, que malheureusement nous détruisons tous les jours hypothéquant notre avenir et existence. On pourrait traverser des saisons brûlantes ou glaciales, des tempêtes des raz de marées incessants, détruisant toute végétation, une planète ou rien ne pousse et ou toute vie aurait pu disparaître insensiblement.
            J’ai du mal aujourd’hui à imaginer un tel scénario et c’est la raison pour laquelle en tant que guide dans un musée de la mine, j’ai voulu réhabiliter cette pierre noire aujourd’hui oubliée par ces nouvelles générations qui venaient m’écouter, me prenant un peu pour un fou quand je disais que ce diamant noir a été la pierre la plus précieuse de l’humanité. Ce diamant noir qui nous a permis d’être ce que nous sommes aujourd’hui, de vivre encore sur une planète magnifique. Cette planète bleue, il faut éviter de lui faire plus de mal encore, il faut protéger de toutes nos forces pour que nos petits enfants puissent encore y vivre et prospérer. Aussi mon plus grand bonheur a été de voir ces jeunes enfants partir du musée avec un bout de ce diamant noir dans les mains, passant chez eux du vernis pour le conserver. Il est très possible que quelques pierres noires trônent sur quelques meubles de France rappelant à ces jeunes devenus adultes maintenant, l’importance Capitale de cette pierre sur notre vie.
CLOVIS

 

  

par Pat Rieux-Boyer publié dans : LA MINE & LES MINEURS DE FOND communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 12 mai 2006

 

voici la 3ème partie d'une nouvelle sur la mine : Nouvelle du Passé, la mine & les mineurs!!
C'est un article de mon père Clovis, fils et petit fils de mineurs du bassin minier de Decazeville en Aveyron, qui a été conservateur du musée de la mine d'Aubin pendant 10 ans. . retraité depuis il a voulu laisser une trace de son speach comme un témoignage d'un passé qu'il a vécu.. vous souhaitant bonne lecture, ce prologue par sa simplicité est vraiment mon préféré, n'hésitez pas à donner votre avis à ce débutant dans l'écriture.. SI vous aimez il continuera son récit..


NOUVELLE DU PASSE

« la mine et les mineurs »

 

 Pour écouter la chanson "Fils de mineurs" pendant la lecture :

 
TOI QUI PASSE EN CE LIEU
GARDE AU FOND DE TON CŒUR

LE SOUVENIR DE TON PASSE

POUR QUE PUISSE DANS TA TETE
SE CONSTRUIRE TON AVENIR
  
Ces quelques mots nous interpellent et me ramène a ce passé de mine qui s’est terminé dans la douleur, à toutes ces gueules noires presque tous disparus, esclaves qui ont su au fil des décennies relever la tête, lutter jusqu’à la mort parfois, pour faire de nous, des ouvriers a part entière et nous donner par leur courage des avancées sociales que tous les humains n’ont pas. Je veux ici saluer ce courage et me rappeler leurs vies et leurs combats, qui ont été de ceux de ma famille.
            Il est vrai que la mine et le charbon ont apporté beaucoup de bienfaits, ils ont donné du travail a des millions d’hommes. Ils ont contribué à créer de toutes pièces des villes sur des sites déserts ou ne subsistaient juste quelques petits paysans. Comme dans le bassin de l’Aveyron, ou une ville va naître DECAZEVILLE en 1828.
Un jour de 1820 vint dans la vallée de LASALLE un personnage très important, ancien ambassadeur en Angleterre qui voulait créer comme là -bas une coulée de fonte grillée par le charbon, le minerai de fer et de charbon se trouvaient là, enfouis dans le sol de ce coin perdu de l’Aveyron. Après bien des échecs, le jour de Noël 1828 eut lieu sur le plateau de la FOREZIE une des toutes premières coulées de fonte française. On perça des puits, on construisit des hauts fourneaux ce qui amenait plusieurs milliers d’ouvriers dans cette vallée perdue appartenant au duc DECAZES. Bientôt une ville importante sortit de terre et pris le nom de son fondateur DECAZEVILLE. Ce fut une grande épopée aveyronnaise. Hélas la mine c’était l’enfer sous la terre pour des milliers de bagnards hommes, femmes, enfants. Rappelons-nous ces pauvres vies de gueules noires. On travaillait quatorze heures par jour ce qui faisait dire que les mineurs ne voyaient le jour que le Dimanche. L’hiver, on rentrait a 6 heures il faisait nuit, on sortait a vingt heures il faisait nuit, aussi beaucoup d’entre eux avaient des maladies des yeux et devenaient au fil des ans presque aveugles, d’autant que l’on n’avait pour s’éclairer qu’une petite lampe a huile copiée sur une lampe romaine. On disait parfois cette petite lueur qui leur mange les yeux. Pire encore, cette lampe à flamme nue était un danger permanent faisant exploser les nappes de grisou infiltrées dans des galeries, qui ne laissaient que des morts tués et carbonisés. Dans certaines familles ou le père était mort ou malade on se rabattait sur les filles et les enfants pour le remplacer. Il n’était pas rare de descendre à 14 ans dans les puits avec la peur au ventre, 30 ans plus tard il était moribond avec la maladie des poumons « la silicose », les yeux fermés, l’estomac ravagé par de petits vers, amaigri par le dur travail et la disette, trop pauvre pour se soigner, il n’avait plus qu’a mourir s’il avait eu la chance de ne pas se trouver sur la route du grisou. Combien de femmes et de gens ont attendu à la sortie des puits les centaines de morts remontés sur des brancards après de terribles catastrophes minières. Que de larmes versées sur les plateaux des mines !
Trois grands événements vont secouer ce bassin de l’Aveyron, tout d’abord à AUBIN, petit village de mine ou une grève terrible va s’abattre. Un soir affamés, hommes, femmes, enfants vont monter vers les bureaux de la direction. Le patron prévenu de la colère des mineurs n’avait pas hésité à faire venir la troupe pour le protéger.
 Celle-ci voyant arriver sur le plateau cette meute hurlante, prît peur et tira dans le tas, on releva 17 morts dont une femme avec son enfant. ZOLA dans Germinal s’inspira de cette tragique affaire. VICTOR HUGO écrira un poème appelé AUBIN très peu connu mais si réaliste de la misère de l’époque, cela se passa en 1869. 
1886, l’année terrible sur la vallée de LASALLE dirigée par un directeur très mal aimé venant du Nord, un personnage dur appelé « WATRIN » les puits sont arrêtés, la grève dure, affame toute une population de mineurs. N’ayant plus rien à donner à manger aux enfants, des femmes désespérées, suivies de leurs hommes, envahissent le bureau du Directeur pour parlementer. Il ne veut rien savoir, alors on le jette par la fenêtre. Un étage plus bas la foule excitée lui crache dessus, le piétine, lui jète des pierres et le laisse mort sur les pavés. Cette affaire fit grand bruit en France et apporta par la suite quelques améliorations car on eut désormais grand peur de ces mineurs résolut à aller jusqu’au bout.
 
1961-1962 La mine n’est plus rentable on va fermer tous les puits de l’Aveyron. La grève pour éviter la fermeture va durer, les hommes vont rester 66 jours au fond de la mine passant Noël et le 1er de l’an au fond loin de leur famille. Certains vont entamer une grève de la faim terrible qui va leur laisser des séquelles toute leur vie. Malheureusement cela ne servit à rien et le couperet tomba, les mines sont fermées beaucoup de familles quittèrent le pays, des jeunes partirent vers les Amériques, on retrouve encore leurs descendants a SAN FRANCISCO, LOS ANGELES, et surtout en Argentine ou ils ont crée une petite ville appelée PIGUE ou les anciens parlent encore le « PATOIS » de chez nous. La vallée est en train de mourir et elle mettra beaucoup de temps à s’en remettre, mais l’espoir renaît et on se bat pour recréer une vie, pour garder nos enfants au pays. Quel lourd tribut en vies humaines pendant 150 ans d’exploitation charbonnière ! La mort était toujours présente : éboulements, coups de grisou, ce gaz incolore, inodore, échappé de sa cache au milieu des nappes de charbon, rampant au plafond des galeries prêt à exploser au contact de la lampe du mineur. Dans le nord, l’Est, chez nous, des milliers de morts, dans toute la France. Combien de femmes et enfants terrassés par la douleur ne retrouvaient que des corps carbonisés et méconnaissables. Mais aussi quelle amitié, solidarité, courage dans ces mines, que des luttes terribles avec comme compagnie la souffrance, la faim parfois la mort pour améliorer leur sort et celui de leurs enfants.
            Nous ne t’oublierons pas mineur, homme rude, ta souffrance et tes luttes nous ont permis de vivre dans un pays libre, moderne développé avec tout ce que cela comporte pour nous. Tu as été le premier à obtenir des avances sociales énormes : Ne descendre dans le trou qu’à l’âge de 16 ou 18 ans pour les jeunes, baisse du temps de travail de 12 a 10 puis a 8 heures. Caisse de secours minière permettant a l’ouvrier d’avoir le droit de se soigner (docteur de la mine, médicaments, hospitalisation gratuite). Cela nous amènera plus tard la sécurité sociale. Déjà l’espoir de vie pour les mineurs a été allongé de plus de 10 ans on peut vivre jusqu’à 50 ou 55 ans.
Malheureusement le mineur doit travailler jusqu’à la mort ou être à la charge de ses enfants, épuisé et malade il n’attend que la mort. Grâce à son combat, un jour vient ou un pauvre diable après 35 ans de dur labeur va obtenir le droit au repos avec les moyens de vivre une courte mais paisible retraite sans être un poids pour ses enfants. Aujourd’hui on a tendance a oublier tout ce que l’on doit à nos gueules noires Français, Espagnols, Russes, Polonais, on les a vu tous défiler dans les rues, casques sur la tête, criant leur souffrance contre tous ces pouvoirs qui les affamaient. Demandant seulement le droit de vivre décemment. Tu as été le premier « mineur », esclave de la nuit, à relever la tête et a devenir un homme libre avec des droits. On voit encore aujourd’hui des millions de gens asservis qui n’ont pas eu comme nous la mine et ses mineurs nous permettent d’avancer vers le progrès et la liberté.
 
Ce souvenir continuera a vivre avec nous et nos enfants car le bonheur qui est le nôtre, n’a pu être que grâce au sacrifice de ses hommes dont le sang et la souffrance ont largement payé le droit d’être des hommes debout et non enchaînés. Merci homme des ténèbres, je te salue et descendant d’une grande famille de mineurs disparus je veux vous dire mon respect et mon admiration, et je me dis au fond de moi : « eh bien les gars, heureusement que vous êtes passés avant moi, heureusement que vous vous êtes battus, que vous n’avez pas baissé les bras ». Ce qui me permet aujourd’hui de profiter de tous les avantages que vous avez obtenus et que malheureusement aujourd’hui on cherche a nous reprendre, j’espère que la nouvelle génération prendra exemple sur vous et saura se battre pour conserver tous nos acquis mais ce sera dur aussi, car la machine a broyer l’ouvrier est toujours a la disposition d’un pouvoir qui ne pense qu’à la rentabilité sans se soucier du facteur humain. J’espère que tous ensemble nous lutterons pour que nos enfants et petits enfants ne soient pas du bétail enchaîné et qu’ils puissent vivre une vie décente et aller de l’avant vers le progrès et le bonheur sur cette terre merveilleuse qu’il faut arrêter d’abîmer et de détruire, mais au contraire respecter pour trouver le moyen de pouvoir y vivre encore très longtemps.
  
CLOVIS
    

 Des references à consulter :
- CD de musique et solidarité productions pour nous souvenir : 4 titres, inclus "Fils de mineurs", "Terre à l’agonie", "Combat pour la vie", "Enfant du partage".
 
- Livre "Terre de mine" de Lucien MAZARS
- AUBIN : poème Victor HUGO (à méditer absolument)   

  

  

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