|
Fils et petits-fils de mineurs morts très jeunes, j’ai vécu dans un pays de mine, près d’un chevalement de cette
terre aveyronnaise environné d’usines crachant le feu et la fumée. J’étais entouré par ces millions d’ouvriers souffrant parfois la faim et le froid, suant sang et eau pour nourrir
une famille nombreuse, luttant de toutes leurs forces pour survivre dans ces temps difficiles. J’ai connu ces grèves terribles ou crevant parfois de faim, on tenait bon, grâce à une
solidarité incroyable des ouvriers. Ceux qui avaient la chance de travailler dans ces temps de luttes et de souffrances, donnaient naturellement un peu de pain et d’argent et même
d’amour pour ces enfants malheureux. J’ai connu la soupe populaire existant avec des dons venus d’autres bassins de mines, parfois de toute la France nous soutenant dans nos luttes pour
le bonheur de l’ouvrier.
On a oublié aujourd’hui un fruit de la nature qui a sauvé
aussi quantités de vies humaines pendant les périodes de disette : « la châtaigne » ce fruit merveilleux remplissant bien souvent notre estomac vide, parfois seule
nourriture pendant ces grèves terribles. Ces châtaignes dont on faisait du pain que l’on trempait dans du lait le matin pour un déjeuner copieux avant de partir à l’école. Châtaigne
grillée au four qui réchauffait nos mains dans les poches durant ces marches dans le froid et la neige vers l’école. Je me rappelle ma jeunesse à l’époque ou avec mes parents, nous
allions ramasser ces fruits dans nôtre châtaigneraie distante de huit kilomètres. On partait à pied un matin d’automne, ramassant lou « castagnes » toute la journée avec un
pique nique a midi, puis retour le soir avec un petit sac sur le dos, les mains piquées par ces « pelous » garnis de milliers de piquants que l’on essayait d’éviter en les
ouvrant avec un bâton ou les écrasant sous les pieds. Quand tous les gros sacs de 50 kg étaient remplis, mon oncle qui avait un cheval et une carriole pour livrer le charbon, allait nous
les chercher et on les faisait sécher au grenier pour l’année. On avait à cette époque bâtie sur l’arrière de la vieille maison fournie par la campagne, une pauvre cabane en planches où
l’on élevait le cochon avec le restes de châtaignes de patates ou de topinambours. On l’appelait Gaspard on l’aimait tellement que a chaque fois qu’on le tuait au mois de Février on
pleurait, les voisins venaient aider a faire les pâtés, fritons etc. c’était la fête de l’amitié, on chantait, on buvait en mangeant les fritons chauds le soir puis chacun rentrait chez
soi, un petit présent à la main : une saucisse, un rôti etc. C’était dur a cette période mais on était heureux, l’amitié, la solidarité n’était pas un vain mot. Je revois aussi ma
mère laver le linge l’hiver au lavoir communal, les mains dans l’eau glacée. Cela n’empêchait pas les lavandières de raconter les derniers potins et même chanter les refrains à la mode.
Parfois à la sortie de l’école j’allais aider à sortir les draps et les bleus de travail, les tordre et les mettre dans la brouette. Je me rappelle encore les onglées terribles qui
faisaient si mal à mes mains frigorifiées. Il y a tant de souvenirs de cette époque qui traverse mon esprit. Pourtant ce n’est pas si loin dans le passé mais la vie a tellement changé.
Tout est allé si vite que j’ai l’impression d’être très vieux pourtant avec les jeunes je me sens presque comme eux, avec la même envie de
m’amuser.
CLOVIS
|
Commentaires