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TOI QUI PASSE EN CE LIEU
GARDE AU FOND DE TON CŒUR
LE SOUVENIR DE TON PASSE
POUR QUE PUISSE DANS TA TETE
SE CONSTRUIRE TON AVENIR
Ces quelques mots nous interpellent et me ramène a ce passé de mine qui s’est terminé dans
la douleur, à toutes ces gueules noires presque tous disparus, esclaves qui ont su au fil des décennies relever la tête, lutter jusqu’à la mort parfois, pour faire de nous, des ouvriers
a part entière et nous donner par leur courage des avancées sociales que tous les humains n’ont pas. Je veux ici saluer ce courage et me rappeler leurs vies et leurs combats, qui ont
été de ceux de ma famille.
Il est vrai que la mine
et le charbon ont apporté beaucoup de bienfaits, ils ont donné du travail a des millions d’hommes. Ils ont contribué à créer de toutes pièces des villes sur des sites déserts ou ne
subsistaient juste quelques petits paysans. Comme dans le bassin de l’Aveyron, ou une ville va naître DECAZEVILLE en 1828.
Un jour de 1820 vint dans la vallée de LASALLE un personnage très important, ancien
ambassadeur en Angleterre qui voulait créer comme là -bas une coulée de fonte grillée par le charbon, le minerai de fer et de charbon se trouvaient là, enfouis dans le sol de ce coin
perdu de l’Aveyron. Après bien des échecs, le jour de Noël 1828 eut lieu sur le plateau de la FOREZIE une des toutes premières coulées de fonte française. On perça des puits, on
construisit des hauts fourneaux ce qui amenait plusieurs milliers d’ouvriers dans cette vallée perdue appartenant au duc DECAZES. Bientôt une ville importante sortit de terre et pris le
nom de son fondateur DECAZEVILLE. Ce fut une grande épopée aveyronnaise. Hélas la mine c’était l’enfer sous la terre pour des milliers de bagnards hommes, femmes, enfants.
Rappelons-nous ces pauvres vies de gueules noires. On travaillait quatorze heures par jour ce qui faisait dire que les mineurs ne voyaient le jour que le Dimanche. L’hiver, on rentrait
a 6 heures il faisait nuit, on sortait a vingt heures il faisait nuit, aussi beaucoup d’entre eux avaient des maladies des yeux et devenaient au fil des ans presque aveugles, d’autant
que l’on n’avait pour s’éclairer qu’une petite lampe a huile copiée sur une lampe romaine. On disait parfois cette petite lueur qui leur mange les yeux. Pire encore, cette lampe à
flamme nue était un danger permanent faisant exploser les nappes de grisou infiltrées dans des galeries, qui ne laissaient que des morts tués et carbonisés. Dans certaines familles ou
le père était mort ou malade on se rabattait sur les filles et les enfants pour le remplacer. Il n’était pas rare de descendre à 14 ans dans les puits avec la peur au ventre, 30 ans
plus tard il était moribond avec la maladie des poumons « la silicose », les yeux fermés, l’estomac ravagé par de petits vers, amaigri par le dur travail et la disette, trop
pauvre pour se soigner, il n’avait plus qu’a mourir s’il avait eu la chance de ne pas se trouver sur la route du grisou. Combien de femmes et de gens ont attendu à la sortie des puits
les centaines de morts remontés sur des brancards après de terribles catastrophes minières. Que de larmes versées sur les plateaux des mines !
Trois grands événements vont secouer ce bassin de l’Aveyron, tout d’abord à AUBIN, petit village de mine
ou une grève terrible va s’abattre. Un soir affamés, hommes, femmes, enfants vont monter vers les bureaux de la direction. Le patron prévenu de la colère des mineurs n’avait pas hésité
à faire venir la troupe pour le protéger.
Celle-ci voyant arriver sur le plateau cette meute hurlante, prît peur et tira dans
le tas, on releva 17 morts dont une femme avec son enfant. ZOLA dans Germinal s’inspira de cette tragique affaire. VICTOR HUGO écrira un poème appelé AUBIN très peu connu mais si
réaliste de la misère de l’époque, cela se passa en 1869.
1886, l’année terrible sur la vallée de LASALLE dirigée par un directeur très mal aimé venant du Nord, un personnage
dur appelé « WATRIN » les puits sont arrêtés, la grève dure, affame toute une population de mineurs. N’ayant plus rien à donner à manger aux enfants, des femmes désespérées,
suivies de leurs hommes, envahissent le bureau du Directeur pour parlementer. Il ne veut rien savoir, alors on le jette par la fenêtre. Un étage plus bas la foule excitée lui crache
dessus, le piétine, lui jète des pierres et le laisse mort sur les pavés. Cette affaire fit grand bruit en France et apporta par la suite quelques améliorations car on eut désormais
grand peur de ces mineurs résolut à aller jusqu’au bout.
1961-1962 La mine n’est plus rentable on va fermer tous les puits de l’Aveyron. La grève pour éviter la fermeture va
durer, les hommes vont rester 66 jours au fond de la mine passant Noël et le 1er de l’an au fond loin de leur famille. Certains vont entamer une grève de la faim terrible qui
va leur laisser des séquelles toute leur vie. Malheureusement cela ne servit à rien et le couperet tomba, les mines sont fermées beaucoup de familles quittèrent le pays, des jeunes
partirent vers les Amériques, on retrouve encore leurs descendants a SAN FRANCISCO, LOS ANGELES, et surtout en Argentine ou ils ont crée une petite ville appelée PIGUE ou les anciens
parlent encore le « PATOIS » de chez nous. La vallée est en train de mourir et elle mettra beaucoup de temps à s’en remettre, mais l’espoir renaît et on se bat pour recréer
une vie, pour garder nos enfants au pays. Quel lourd tribut en vies humaines pendant 150 ans d’exploitation charbonnière ! La mort était toujours présente : éboulements, coups
de grisou, ce gaz incolore, inodore, échappé de sa cache au milieu des nappes de charbon, rampant au plafond des galeries prêt à exploser au contact de la lampe du mineur. Dans le nord,
l’Est, chez nous, des milliers de morts, dans toute la France. Combien de femmes et enfants terrassés par la douleur ne retrouvaient que des corps carbonisés et méconnaissables. Mais
aussi quelle amitié, solidarité, courage dans ces mines, que des luttes terribles avec comme compagnie la souffrance, la faim parfois la mort pour améliorer leur sort et celui de leurs
enfants.
Nous ne t’oublierons pas
mineur, homme rude, ta souffrance et tes luttes nous ont permis de vivre dans un pays libre, moderne développé avec tout ce que cela comporte pour nous. Tu as été le premier à
obtenir des avances sociales énormes : Ne descendre dans le trou qu’à l’âge de 16 ou 18 ans pour les jeunes, baisse du temps de travail de 12 a 10 puis a 8 heures. Caisse de
secours minière permettant a l’ouvrier d’avoir le droit de se soigner (docteur de la mine, médicaments, hospitalisation gratuite). Cela nous amènera plus tard la sécurité sociale. Déjà
l’espoir de vie pour les mineurs a été allongé de plus de 10 ans on peut vivre jusqu’à 50 ou 55 ans.
Malheureusement le mineur doit travailler jusqu’à la mort ou être à la charge de ses
enfants, épuisé et malade il n’attend que la mort. Grâce à son combat, un jour vient ou un pauvre diable après 35 ans de dur labeur va obtenir le droit au repos avec les moyens de vivre
une courte mais paisible retraite sans être un poids pour ses enfants. Aujourd’hui on a tendance a oublier tout ce que l’on doit à nos gueules noires Français, Espagnols, Russes,
Polonais, on les a vu tous défiler dans les rues, casques sur la tête, criant leur souffrance contre tous ces pouvoirs qui les affamaient. Demandant seulement le droit de vivre
décemment. Tu as été le premier « mineur », esclave de la nuit, à relever la tête et a devenir un homme libre avec des droits. On voit encore aujourd’hui des millions de gens
asservis qui n’ont pas eu comme nous la mine et ses mineurs nous permettent d’avancer vers le progrès et la liberté.
Ce souvenir continuera a vivre avec nous et nos enfants car le bonheur qui est le nôtre,
n’a pu être que grâce au sacrifice de ses hommes dont le sang et la souffrance ont largement payé le droit d’être des hommes debout et non enchaînés. Merci homme des ténèbres, je te
salue et descendant d’une grande famille de mineurs disparus je veux vous dire mon respect et mon admiration, et je me dis au fond de moi : « eh bien les gars, heureusement
que vous êtes passés avant moi, heureusement que vous vous êtes battus, que vous n’avez pas baissé les bras ». Ce qui me permet aujourd’hui de profiter de tous les avantages que
vous avez obtenus et que malheureusement aujourd’hui on cherche a nous reprendre, j’espère que la nouvelle génération prendra exemple sur vous et saura se battre pour conserver tous nos
acquis mais ce sera dur aussi, car la machine a broyer l’ouvrier est toujours a la disposition d’un pouvoir qui ne pense qu’à la rentabilité sans se soucier du facteur humain. J’espère
que tous ensemble nous lutterons pour que nos enfants et petits enfants ne soient pas du bétail enchaîné et qu’ils puissent vivre une vie décente et aller de l’avant vers le progrès et
le bonheur sur cette terre merveilleuse qu’il faut arrêter d’abîmer et de détruire, mais au contraire respecter pour trouver le moyen de pouvoir y vivre encore très
longtemps.
CLOVIS
Des references à consulter :
- CD de musique et solidarité productions pour nous souvenir : 4 titres, inclus
"Fils de mineurs", "Terre à l’agonie", "Combat pour la vie", "Enfant du partage".
- Livre "Terre de mine" de Lucien
MAZARS
- AUBIN : poème Victor HUGO (à méditer absolument)
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